Une équipe de chercheurs d’Aix Marseille Université et du CNRS a mis en évidence, pour la première fois en Méditerranée, la profondeur à laquelle la lumière produite par les organismes marins devient plus importante que la lumière d’origine atmosphérique. Cette étude, menée dans le cadre du projet BIOLUMOPS (BIOLUminescence Marine, Observations spatio-temporelles in situ par Planeur Sous-marin, financé par l’Agence Innovation Défense) ouvre de nouvelles perspectives sur les paysages lumineux sous-marins et leur influence sur les écosystèmes marins.

Pour réaliser ces observations, les scientifiques ont pu s’appuyer sur l’expertise du laboratoire MIO (Institut Méditerranéen d’Océanologie), du shom (Service hydrographique et océanographique de la Marine) et de l’entreprise ALSEAMAR pour déployer des planeurs sous-marins autonomes, « gliders » équipés de capteurs mesurant à la fois la lumière solaire pénétrant dans l’océan et la bioluminescence émise par plus des ¾ des organismes marins. « Les gliders ont transformé l’océanographie moderne en offrant une plateforme autonome capable d’emporter des capteurs scientifiques sur de longues durées, là où les navires ne peuvent observer que de façon ponctuelle » Nagib Bhairy, co-auteur de l’étude en charge de la planification, du déploiement et du pilotage des gliders.

Les campagnes, réalisées dans le golfe du Lion au printemps et à l’été 2025, ont permis de collecter des données jusqu’à 600 mètres de profondeur, profondeur limitante d’un capteur. Les résultats des analyses de ces données menées par Andrea Hay, en post-doctorat au MIO, montrent que cette « profondeur de transition bioluminescente » varie fortement au cours de la journée. Autour de midi, elle se situe entre 250 et 450 mètres de profondeur, alors qu’à minuit la bioluminescence peut dominer jusqu’à proximité de la surface. Cette dynamique reflète l’équilibre permanent entre l’atténuation de la lumière solaire dans l’eau et l’activité lumineuse des organismes marins.

« Au-delà de la performance technologique, cette découverte apporte un nouvel éclairage sur le rôle écologique de la lumière dans l’océan. La bioluminescence constitue en effet un moyen essentiel de communication, de défense ou de prédation pour de nombreuses espèces marines. Identifier les zones où elle devient visible par rapport à la lumière ambiante permet de mieux comprendre les comportements des organismes et l’organisation verticale des communautés marines au cours du temps », ajoute Séverine Martini, spécialiste de la bioluminescence et porteuse du projet BIOLUMOPS. Cette étude démontre également le potentiel des planeurs sous-marins pour observer à haute résolution des phénomènes biologiques encore peu documentés. À l’heure où les paysages lumineux océaniques évoluent sous l’effet des changements environnementaux, ces nouvelles observations constituent un outil précieux pour mieux comprendre le fonctionnement et l’évolution des écosystèmes marins.