Un podcast provenant de l’émission La tête au carré sur Radio France.

Wasmannia auropunctata surnommée fourmi électrique en raison de l’intensité de sa piqûre, est l’une des fourmis invasives les plus agressives et les plus coûteuses au monde. Un troisième foyer de fourmis électriques a été détecté fin mars à Cavalaire-sur-Mer, toujours dans le département du Var.

Imaginez un instant une colline du Var écrasée par le soleil, la garrigue qui sent le thym et la pierre chaude, tout semble paisible et pourtant, dans la litière des feuilles, sous les écorces, dans les interstices des murets, une armée avance, silencieuse et implacable, elle mesure à peine un millimètre et demi, une couleur dorée presque jolie qui la rend invisible à l’œil nu. On l’appelle la fourmi électrique, pas pour son éclat, mais pour sa morsure, une décharge brûlante et neurotoxique qui foudroie la peau comme un fil dénudé. Originaire des forêts tropicales d’Amérique du Sud, elle a déjà conquis l’Afrique, le Pacifique et des îles entières, et la voilà arrivée dans l’Hexagone. Toulon en 2022, La Croix-Valmer en 2024, puis Cavalaire ce printemps, trois foyers et une expression qui revient sans cesse dans la bouche des chercheurs : elle rase tout.

Là où elle passe, les autres fourmis trépassent, les insectes s’effondrent et les œufs d’oiseaux sont dévorés dans les nids, tout un écosystème vacille. Et le plus troublant, c’est que cette fourmi ne construit pas de fourmilière, elle se faufile partout, se réfugie dans les arbres quand on traite le sol, sous la terrasse quand on traite les arbres, un vrai cauchemar pour qui veut l’éradiquer. Alors la France contre-attaque : saupoudrage d’insecticides, traitement par drone sur les pentes inaccessibles, cartographie au mètre près, 5 hectares contaminés et une fenêtre qui se referme. Les scientifiques sont formels, en dessous de 10 hectares, l’éradication reste possible, au-delà, c’est compliqué.

La fourmi électrique presque à son aise dans le Var
C’est Olivier Blight, enseignant-chercheur à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie (IMBE) à l’université d’Avignon, qui a formellement identifié la fourmi électrique – Wasmannia auropunctata – à Toulon en septembre 2022, après sa découverte par un étudiant passionné de fourmis dans une résidence au bord de mer. Il l’a faite inscrire la même année sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne. Le chercheur travaille à cartographier cette invasion et à sensibiliser à la menace qu’elle représente pour la biodiversité.

La fourmi électrique est classée parmi les 100 espèces les plus envahissantes de la planète et vous l’avez identifiée vous-même pour la première fois à Toulon en 2022, elle vient donc maintenant d’installer un troisième foyer dans le 2026. Celle-ci n’est pas la fourmi de feu, bien qu’appelée parfois la petite fourmi de feu. La réelle fourmi de feu vient d’être détectée en Sicile, bien loin de sa localisation habituelle aux États-Unis. La plupart de ces espèces envahissantes arrivent via le commerce horticole, le chercheur et son équipe en découvrent régulièrement dans des pépinières. La fourmi de feu est moins problématique que la fourmi électrique, un spécimen d’à peine plus d’un millimètre, dont la piqûre ne se ressent pas mais le venin provoque des démangeaisons semblables aux orties, en plus fort.

Ces fourmis, lorsqu’elles sont découvertes, doivent être éradiquées dans les trois mois ; mais les financements manquent et la colonie observée en 2021 et identifiée en 2022 dans le Var n’a pu être traitée que l’année passée. Sur les dix foyers, seulement deux restent en activité. Un nouveau a été découvert au printemps 2026 dans le Var, et l’a été comme ses cousines, par hasard, par une personne faisant le lien avec ses lectures dans les journaux.

Cette fourmi vit normalement dans les Antilles, la première colonie méditerranéenne a été découverte au début du 21ᵉ siècle en Israël, puis à Chypre, en Espagne et aujourd’hui dans le Var depuis 4 ans. Il existe 15 000 espèces de fourmis dans le monde, plus de 200 ont été à ce jour introduites en France – et toutes ne sont pas recensées, chaque étude allant de sa découverte. « Parmi ces espèces-là, toutes ne présentent pas de problème, explique Olivier Blight, mais certaines oui, et c’est vraiment inquiétant car il n’y a pas vraiment d’action pour éradiquer ces espèces. »

Une toute nouvelle venue : la fourmi aiguille asiatique
Le scientifique, en arrivant à l’émission, a annoncé à son hôte, Mathieu Vidard, qu’une nouvelle espèce invasive avait malheureusement été découverte, toujours dans les Bouches-du-Rhône : la fourmi aiguille asiatique. Celle-ci fait l’objet d’une circulaire européenne, elle doit être détruite dans les trois mois après sa découverte par un pays membre de l’UE, il est par ailleurs interdit d’en faire le commerce ou de la déplacer. L’équipe l’a découverte dans une pépinière lors d’une prospection en vue d’un état des lieux général de la présence des fourmis dans ces établissements. Une espèce parmi d’autres… « Celle-là, pour en avoir fait l’expérience, la piqûre est vraiment très, très douloureuse », le risque de choc anaphylactique est par ailleurs possible pour un être humain. La fourmi aiguille asiatique n’est pas agressive, mais si on l’embête, elle pique.