Alain Origné, ancien ingénieur optique au LAS puis au LAM, s’est vu discerner le prix Charles Bortoli 2024 de l’Académie des Sciences, des Lettres et des Arts de Marseille pour son livre Le Canigó, une île éphémère en Provence (Editions Trabucaire, 2023). Ce livre raconte, en provençal et en français, l’histoire de la découverte de ce phénomène atmosphérique
permettant l’observation du Canigou depuis les collines provençales. Il donne les explications théoriques du phénomène, joliment illustrés, mais, surtout, le livre est truffé des magnifiques photos prises par Alain lui-même, témoins de toute la rigueur et la compétence en optique instrumental qui le caractérisa durant toute sa carrière parmi nous jusqu’à son départ à la
retraite en 2016. Après la participation aux manips mythiques comme Hipparcos, Hubble et ISO, il a notamment mené des activités d’assemblage, intégration et test pour Rosetta, Herschel, SPHERE et Euclid.
Quand la nébuleuse protosolaire forgeait les briques de la vie
Le CNRS consulte les Français à propos de leurs attentes envers la science
Le CNRS lance pour la première fois une consultation citoyenne visant à impliquer activement les Français et Françaises dans la réflexion sur le rôle des sciences dans la société. À travers la question centrale « Comment les sciences peuvent-elles nous aider à construire le monde de demain ? », le CNRS souhaite offrir aux citoyens et citoyennes l’opportunité de s’exprimer sur les sujets scientifiques qui les préoccupent le plus.
Dans un contexte marqué par des défis économiques, sociaux, sanitaires et environnementaux, cette consultation permet à chacun de faire entendre sa voix, et ainsi de contribuer à renforcer le dialogue entre la recherche et la société. Chaque participant aura la possibilité de partager ses idées et de voter pour celles qui résonnent le plus avec ses préoccupations.
Les résultats de cette consultation inédite permettront au CNRS d’identifier les priorités des citoyens tout en mettant en lumière les sujets nécessitant davantage de sensibilisation. Partagés avec les scientifiques et les partenaires du CNRS, ces retours inspireront de nouvelles initiatives.
Depuis plus de 85 ans, le CNRS mène des recherches fondamentales au plus haut niveau international. Faire progresser les connaissances est sa mission première, le fondement de son existence, le pilier de ses activités et de son impact. Son ambition est de mettre ses résultats et ses découvertes au service de la société, notamment en les rendant accessibles au plus grand nombre. Dans cette optique, favoriser le dialogue avec la société est essentiel.
Le lien de la consultation sera opérationnel à partir du 28 novembre, à 9h.
Cap Corse: le mystère des anneaux
Pour élucider ce phénomène sans précédent en Méditerranée, l’équipe Gombessa, dirigée par Laurent Ballesta, mène une enquête approfondie en collaboration avec une équipe pluridisciplinaire de scientifiques.
À l’aide d’une station sous-marine, d’un sous-marin et de nombreuses expérimentations, l’équipe Gombessa cherche à comprendre la formation de ces étranges structures et à révéler la biodiversité exceptionnelle qu’elles abritent.
Suivez l’expédition menée par Laurent Ballesta à plus de 120 m de profondeur au large des côtes méditerranéennes et comprendre tous les enjeux.
Le parc naturel marin du cap Corse et de l’Agriate a financé cette mission et a décidé d’actions concrètes de protection pour protéger ces joyaux de la méditerranée.
Bientôt sur ARTE, « Cap Corse : Le Mystère des Anneaux » – 2024 Un film réalisé par Yann Rineau (90’) Écrit par Yann Rineau, Laurent Ballesta et Aurine Crémieu Coproduction Arte France, Les Gens Bien Productions, Andromède Océanologie.
Quand les cernes des arbres révèlent l’âge d’un des plus beaux joyaux naturels du Kazakhstan
Situé dans la chaîne de montagnes du Tien Shan, dans le parc national de Kolsai et classé réserve de biosphère par l’UNESCO, le lac Kaindy offre un paysage aussi mystérieux que spectaculaire, car il est peuplé d’arbres « fantômes ».
De ses eaux turquoise, émergent des troncs d’épicéas (Picea schrenkiana) submergés lors de la formation du lac ce qui a toujours suscité l’intérêt des scientifiques et l’émerveillement des visiteurs.
Jusqu’à présent, les chercheurs et la population locale attribuaient la formation du lac au tremblement de terre de 1911 qui avait occasionné d’importants dégâts et de nombreux glissements de terrain dans la région.
Cependant, une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’IMBE et du CEREGE ont récemment remis en question cette hypothèse, grâce à des recherches innovantes fondées sur la dendrochronologie. Cette méthode permet de remonter le temps en analysant les cernes de croissance des arbres et de dater ainsi les événements du passé.
En comparant les séries de cernes des arbres morts, submergés dans le lac, avec celles des arbres vivants sur les versants environnants, les chercheurs ont ainsi réussi à dater la formation du lac peu après l’automne 1888, identifiant alors un autre responsable : le tremblement de terre de Chilik qui secoua la même région le 11 juillet 1889, soit 22 ans auparavant la date généralement admise.
D’une magnitude de 8,2, ce très grand tremblement de terre a donc produit, par un effet en cascade, une déstabilisation d’un versant, provoquant un glissement de terrain, le barrage de la rivière coulant dans la vallée et la noyade brutale des arbres lors de la formation du lac.
L’étude ne se limite pas à réviser l’histoire de ce paysage emblématique du Kazakhstan. Elle apporte également la confirmation que le lac Kaindy se trouve dans la zone épicentrale du séisme de 1889 et suggère que les ruptures de surface, décrites à proximité, sont très probablement liées à cet événement.
En combinant des analyses dendrochronologiques avec des recherches paléosismologiques, ce travail novateur a permis d’améliorer la connaissance des risques sismiques de cette région frappée par plusieurs séismes depuis la fin du XIXe siècle. Il enrichit la connaissance du patrimoine naturel et contribue aux efforts de préservation d’un environnement unique, fragile et menacé.
La chaîne de montagnes du Tien Shan étant toujours active sismiquement, le scénario mis en évidence au Lac Kaindy pourrait se reproduire, avec un enchainement d’aléas naturels, mais cette fois-ci dans des zones fortement urbanisées : un tel effet en cascade serait alors susceptible de produire les plus grandes pertes matérielles et humaines.
50ème anniversaire de la découverte de Lucy – par Raymonde Bonnefille
Cette découverte a ouvert la voie aux multiples recherches et prospections de terrain qui enrichissent encore aujourd’hui les connaissances sur l’évolution de nos ancêtres. Depuis, des progrès considérables ont eu lieu, de nouveaux restes fossiles appartenant à plusieurs espèces d’homininés (Australopithèques inclus) ayant été trouvés dans le Rift de l’Éthiopie.
Entre 1966 à 1973, un gisement fossilifère du Sud de l’Ethiopie, dans la basse vallée de l’Omo, près de la frontière du Kenya est l’objet de prospections par des équipes multidisciplinaires internationales. Yves Coppens y dirige la grande expédition paléontologique française conjointe à deux expéditions anglaise et américaine. Des restes fossiles d’hominidés ont été trouvés, dispersés, dents, fragments osseux et crânes (à l’Est Turkana). Ils indiquent la présence d’Australopithèques dans l’hémisphère tropical nord, à partir de 2,5 Ma. Yves Coppens fait connaître et médiatise avec succès l’expédition de l’Omo. A l’aube d’une brillante carrière qui débute au Musée de l’Homme à Paris, il est déjà célèbre lorsque les premiers homininés sont découverts en Afar, et que son talent de conférencier, de communicant et d’auteur fera de « Lucy » un véritable mythe de l’origine de l’Humanité.
Maurice ayant découvert des dépôts sédimentaires importants dans la basse vallée de l’Awash, il a besoin de connaître leur âge, afin d’établir une carte géographique et géologique pour sa thèse. A partir de 1971, Maurice Taieb et Jon Kalb parcourent et prospectent ensemble l’immense territoire des nomades de régions quasi inconnues. Ils découvrent l’étendue des affleurements sédimentaires du Rift et de nombreux gisements fossilifères et d’outils taillés.
En 1971, Maurice Taieb rapporte une mâchoire d’éléphant reconnue par le paléontologue Yves Coppens comme appartenant à une espèce, Elephas recki, caractéristique des strates les plus anciennes du gisement paléontologique de la vallée de l’Omo, qui a été l’objet des premières datations K/Ar.
En Mai 1972, Maurice invite Yves Coppens et Donald Johanson à ’une courte tournée durant laquelle ils atteignent Hadar, L’abondance des ossements fossiles d’animaux de toutes sortes, répandus sur une étendue immense, est à couper le souffle. Au retour dans la capitale Addis-Abeba, ils créent l’IARE (International Afar Research Expedition) qui inclut Raymonde Bonnefille et Jon Kalb.
La première expédition à Hadar a lieu à l’automne 1973. Motivés par le désir de trouver, par la fascination de l’inconnu, et par une entente respectueuse des talents de chacun, l’expédition des quatre doctorants va de l’avant, enthousiaste malgré des difficultés. En décembre 1973, Donald Johanson localise les ossements correspondant à l’articulation du genou d’un Australopithèque debout.
A partir de cette première découverte, l’intérêt scientifique, vite compris aux Etats-Unis, et les nombreuses conférences permettent à Donald Johanson, un financement conséquent pour la poursuite des prospections
En 1974 l’équipe est étoffée d’autres géologues américains, de préhistoriens et paléontologues français. Elle dispose de moyens matériels plus conséquents, associant des éthiopiens du Musée d’Addis-Abeba. Donald Johanson et Tom Gray repèrent les différentes pièces du squelette de Lucy, dispersées en surface, sur la pente d’une colline à la localité 288. Maurice Taieb aura alors l’aide d’autres géologues pour asseoir l’âge de Lucy à 3.2 Ma…et soutenir sa thèse !
Suivent deux années fructueuses durant lesquelles Maurice dirige et organise les campements. Les prospections s’interrompent à partir de 1978, suite aux changements politiques et administratifs survenus en Éthiopie avec la fin du régime impérial. Elles reprendront en 1990, exclusivement américaines, dirigées par Donald Johanson, puis B. Kimbel, soutenues et financées par « l’Institut of Human Origins ».
Elles continuent jusqu’à aujourd’hui, complétées dans les régions voisines, par celles entreprises par d’autres chercheurs américains et éthiopiens. Depuis un demi-siècle les découvertes multiples dans la zone du Rift en Éthiopie rendent hommage à Maurice Taieb, pionnier et découvreur de cet eldorado des recherches archéologiques et anthropologiques.
Raymonde Bonnefille est paléopalynologue, directrice de recherche CNRS émérite
